Gentil, vraiment trop gentil?

  • Est-ce vraiment trop gentil?

Gentil, vraiment trop gentil?

« Il est gentil », « C’est vraiment trop gentil », le ton qui accompagne ces expressions n’est-il pas souvent condescendant ? Est-ce vraiment un compliment aujourd’hui de dire de quelqu’un qu’il est gentil ? N’avez-vous pas l’impression que gentil est parfois synonyme de simplet, innocent, naïf… ? Le « gentil » n’est-il pas souvent le pigeon de service ?

La gentillesse, une faiblesse?

Dans notre culture ultra-libérale, la gentillesse est une faiblesse, un manque de caractère, d’assertivité, une naïveté. « Tu es vraiment trop gentil, tu vas te faire avoir » ! « Si tu es trop bon, ne viens pas te plaindre après que certains en profitent pour t’exploiter ! »

Celui qui témoigne de gentillesse se met en position de faiblesse. C’est donc le moment de profiter de lui, de lui demander une faveur.

Des enfants « gentils » sauront-ils se faire respecter? 

Alors, si nous sommes parents, parfois nous doutons! La gentillesse innée de nos enfants nous touche. Nous ne voudrions quand même pas qu’ils manquent d’empathie et de générosité. Mais toutefois, d’un autre côté, nous souhaitons qu’ils sachent mettre leurs limites et qu’ils ne se laissent pas abuser. C’est pourquoi les parents d’enfants trop « gentils »,  sont si souvent inquiets : « Comment va-t-il se défendre dans la cour de récréation ? Et plus tard dans la vie ? N’est-il pas la victime parfaite pour les harceleurs ? »

Si bien que, parents, nous sommes fiers de voir la manière dont notre jeune enfant sait se faire entendre pour obtenir ce dont il a besoin. « Il a du caractère, il sait ce qu’il veut et il sait comment l’obtenir, il ira loin dans la vie. » Et lorsqu’il nous donne réellement du fil à retordre, nous nous  consolons. « C’est quand même mieux ainsi, nous ne voudrions pas qu’il soit trop adapté ni trop soumis. Nous voulons qu’il sache se battre et se défendre ! »

Et quelques années plus tard, certains d’entre nous n’en peuvent plus devant l’ingratitude de leurs enfants.

La gentillesse a été traitée comme une maladie. Pourrait-elle finir par être éradiquée?

Dans notre culture, depuis quelques décennies, la gentillesse est souvent soupçonnée d’intentions cachées. C’est ainsi que celui qui est gentil est accusé de ne pas être authentique, de ne pas montrer son vrai visage. On se demande ce qu’il attend, quelle est son intention cachée.

D’où, si quelqu’un abuse de votre gentillesse, on vous fera entendre que c’est vous qui avez un problème. De plus, c’est vous qu’on invite à consulter, pas l’abuseur. C’est également à vous d’apprendre à dire non et à être plus assertif.

« Cessez d’être gentil, soyez vrai »

 « Cessez d’être gentil, soyez vrai », c’est le titre accrocheur d’un livre vendu à coup de grandes campagnes de publicité ! En dépit des leçons de l’histoire humaine, la gentillesse est désormais soupçonnée d’être fausse! Ainsi donc, être vrai partout, toujours, avec tous… est devenu un objectif à atteindre. Mais qu’en serait-il finalement d’un communauté où chacun serait « vrai »? Et d’ailleurs qu’est-ce qu’être vrai?

Tous pourris

Au bout du compte, ce titre a participé – avec bien d’autres du même genre – à notre évolution culturelle. Et ces nouvelles croyances arrivent aux mêmes conclusions que la culture judéo-chrétienne. Par conséquent, nous adhérons à l’idée d’être tous « pourris jusqu’à l’os ». Cette expression de Martin Seligman est particulièrement parlante! Du pécheur coupable judéo-chrétien on est passé au traumatisé qui mendie de la reconnaissance en étant sans cesse attentif à satisfaire les besoins des autres. Après les prêtres, ce sont les psys qui nous invitent de la même manière à travailler sur nous pour sortir de cette pourriture.

Bref, aujourd’hui, un acte noble est perçu – à tort – comme le résultat d’une motivation malsaine. Cette dernière serait héritée le plus souvent d’un traumatisme, d’un abandon, du mode de relation tissée avec les parents dans l’enfance.

Or, fort heureusement, cette vision est complètement fausse. Nous savons aujourd’hui que les enfants naissent avec une capacité d’attention et un désir de faire plaisir, d’aider et de donner du bonheur.

On reconnaît d’ailleurs également cette qualité chez certains primates, comme l’a montré Frans De Waal.

Attention: Les gentils sont de (trop) bons patients!

Depuis des décennies, des thérapeutes tentent de guérir leurs patients de cette tare qu’est la gentillesse. Ils aident ces dernier à retourner dans leur passé pour trouver l’élément déclencheur d’un tel souci de l’autre… Paradoxalement, certains abusent eux-mêmes de cette gentillesse.

En effet, le gentil est un patient docile qui ne s’oppose pas à son thérapeute. Il suit de manière assidue toutes les séances qui lui sont prescrites en payant sans mot dire les séances auxquelles il ne peut assister. Le « gentil » fait confiance à son thérapeute. Il n’imagine pas que, parmi les thérapeutes, les psys et les médecins – comme parmi toutes les autres professions – on puisse rencontrer des personnes qui cherchent le pouvoir et l’argent, sans réelle empathie.

L’humain sain ne devrait-il donc n’être capable que de profits, d’exploitation de son semblable, de fourberies, de manipulations ?

A force d’avoir développé ces croyances et ce modèle humain, nous vivons aujourd’hui dans un monde froid, où le chacun pour soi est érigé en loi. « Occupez-vous de vous ! Prenez soin de vous ! Soyez gentil avec vous-même ! Si vous rêvez de quelque chose, offrez-le vous tout de suite ! Faites-vous des cadeaux, n’attendez pas que les autres vous en fassent ! N’attendez d’ailleurs rien des autres et surtout ne soyez pas redevable de ce qu’ils vous ont donné. Ce qu’ils ont fait, c’est parce qu’ils l’ont bien voulu, non? Mais de quoi se mêle-til donc? Quel pourrait bien être son intérêt caché? »

C’est ainsi que toutes ces pseudo-vérités répétées dans les médias ont fait de la gentillesse une tare!

Ceux qui ont d’autres valeurs, ceux qui croient à la bonté, au partage, à la gentillesse ne trouvent plus leur place dans notre société. Leur motivation: aimer, apporter un peu de joie, de bonheur, aider un autre à progresser, à relever un défi… est perçu comme malsain.  Ce n’est pas « normal »! Ils doivent changer, se faire soigner! S’ils le font, ils risquent de tomber  dans l’impuissance apprise ou de traverser une crise existentielle. C’est ainsi que commence une longue descente aux enfers car ils finiront par être soignés pour dépression!

Combien de personnes sont ainsi mises chaque jour hors jeu, à la poubelle, alors qu’elles ont une puissance de vie extraordinaire, qu’elles ont tant de choses à donner…. et que notre monde a tant besoin de leur chaleur!

Nous vivons aujourd’hui dans une société dominée par une froide logique, un égoïsme généralisé, la peur d’être trop gentil, de se faire avoir… Et personnellement, je suis convaincue que la succession des crises économiques, politiques et sociales pourrait être une conséquence de cette évolution de l’humain.

Un autre modèle de société était possible

Oui, il y a des personnes qui profitent des « gentils », depuis toujours ! Et pourtant, nous avons eu beaucoup de chance d’avoir ces « gentils », ces personnes désintéressées, ces idéalistes. En effet, ce sont ceux qui n’avaient pas peur de se mouiller qui ont construit un monde solidaire, plus juste et de surcroit plus respectueux de l’humain, de la nature et de la vie. Ce sont eux qui ont créé la société dans laquelle nous vivons. Ils ont en outre permis que soient garantis pour tous une sécurité sociale, l’accès aux soins, le salaire minimum, le droit à une vie décente, à l’instruction… Tous ces droits que nous sommes en train de perdre petit-à-petit dans ce monde dirigé non plus par des gentils, mais par des assertifs. Car nos dirigeants savent trancher pour atteindre leurs objectifs personnels de réussite sociale, de richesse, de plaisirs les plus fous!

Comment retrouver l’audace d’être gentil ? Est-ce donc possible d’apprendre à reconnaître les « cochons à qui il ne faut pas donner nos perles »?  Ne serait-il pas dès lors possible de continuer à être généreux avec ceux qui sont capables de recevoir et de témoigner de la reconnaissance? La tendresse,  la gentillesse, la reconnaissance, le partage sont en effet des qualités innées auxquelles nous pourrions apprendre à nous reconnecter.

Il y a urgence!

En ces temps difficiles (état d’urgence, réchauffement climatique, émigration massive…), puissions-nous retrouver nos valeurs et nous associer entre « gentils » pour inventer un monde plus solidaire, plus juste, plus humain !

Un autre modèle de société aurait été – et est encore – possible. Imaginez ce qui se serait passé si on avait considéré non pas que c’est la personne gentille qui a un problème mais bien celle qui abuse des autres? Si on avait reconnu dans les agissements de cette dernière un problème d’immaturité affective, un manque d’intelligence affective, relationnelle et sociale et un manque de limite ?

Gentil, vraiment trop gentil? L'entraide, l'autre loi de la jungle. Un autre monde émerge

Imaginez un monde où on apprend à chaque enfant les limites existantes dans son environnement social et naturel dès sa naissance ! L’enfant peut comprendre dès son plus jeune âge qu’il est né dans un monde régulé! Évidemment, les règles, les lois existaient avant lui. Et pour avoir le pouvoir de les changer, il doit d’abord grandir. Il doit évidemment prendre le temps comprendre l’histoire qui les a mises en place pour en percevoir le sens et les enjeux. C’est en s’engageant enfin dans des mouvements qui lui donneront la parole – et peut-être même un jour un mandat – qu’il pourra les faire évoluer.

Imaginez un monde où, au lieu d’ériger l’assertivité des audacieux et des sans foi ni loi en modèle, on avait plutôt appris à chacun à intégrer les limites! Car il y a des limites à ne pas dépasser pour respecter ses proches mais aussi la nature et la vie sous toutes ses formes !

Oui d’autres modèles de sociétés étaient possibles… et le sont toujours, si on revient à des idéaux plus humains!

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Un bilan psy pour d’une part, quelques repères pour faire la part des choses dans vos croyances et d’autre part, faire le point sur ce que vous pouvez changer en vous pour pouvoir rester gentil! Plus d’infos ICI

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A propos de l'auteur:

Marie-Berthe Ranwet

Régente en mathématique, licenciée en psycho-pédagogie, psychologue clinicienne, sophrologue, auteur de « Victimes d’amour : Après tout ce que j’ai fait pour toi », paru chez Mardaga et de « Stop à l’ingratitude des enfants, conjoints, amis… et à la nôtre « . Pour acheter ce dernier, il suffit de verser 18€50 sur le compte de l’ASBL Réfl’Actions BE70 6528 2741 4025 – Bic: HBKA BE22 avec en communication l’adresse complète de livraison.
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