Comment tout pourrait ne pas s’écrouler?

Comment tout pourrait ne pas s’écrouler?

« Comment tout peut s’écrouler », c’est le titre d’un ouvrage de Pablo Servigne et de Raphaël Stevens. Je l’ai lu fin 2015, juste avant les attentats de Paris. Dans la foulée j’ai lu du même auteur « Comment nourrir l’Europe en temps de crise » et j’ai poursuivi avec « Notre poison quotidien » de Marie-Monique Robin, « 5000 ans d’histoire de la dette » de David Graeber…. Pour être franche avec vous, ces lectures m’ont empêchée de dormir pendant quelques mois. Heureusement, je n’étais pas seule. Nous avons en effet pu en discuter longuement Frank et moi! Heureusement. Le fait de pouvoir partager toutes les émotions qui ont émergé suite à ces lectures aide à accepter de perdre ses illusions et de regarder la réalité en face.

Un sentiment d’urgence

Ces lectures et d’autres ont créé chez nous un sentiment d’urgence. Oui, tout pourrait s’écrouler! Le Titanic que l’on croyait insubmersible avait bien coulé! Or, alors que nous cherchions des choses à faire pour, si pas stopper le désastre, au moins préparer des bouées, nous avons eu l’impression qu’autour de nous, ce sujet était tabou! Pas question d’en parler! Partout, y compris dans les réunions au cours desquelles on était sensé l’aborder, dans les associations qui étaient sensibilisées aux problématiques évoquées, notre sentiment d’urgence n’a pas été entendu. Plus encore, nous avons ressenti le risque d’être mis à l’écart lorsque nous l’abordions de manière trop directe.

Pour ne citer que l’exemple le plus frappant

Nous avons assisté à une formation de 3 jours – je préfère ne pas en dire plus – au cours de laquelle nous avons eu l’occasion d’entendre Raphaël Stevens. Manifestement, il lui avait été recommandé de ne pas trop insister sur les faits qui font peur… De plus, le conférencier qui l’a suivi a immédiatement minimisé ses dires et a apporté un point de vue tout à fait dissonant. Si on ajoute à cela que le temps qui lui a été octroyé pour répondre aux questions a été réduit au maximum, imaginez notre frustration. Etant donné que nous attendions en effet beaucoup de cette rencontre, nous avons été particulièrement déçus.

Mais nous n’étions pas au bout de nos désillusions! Au cours de cette formation, nous avons également participé à différents groupes de travail. Et nous avons été étonnés de constater que non seulement la plupart des participants n’avaient pas lu ce livre mais qu’ils ne voulaient pas le lire. « Je sais ce qu’il y a dedans, je veux me centrer sur du positif ». C’est ainsi que dans les groupes, on a travaillé principalement sur des projets d’éducation à très très long terme. Les résultats n’apparaîtraient que dans 2 ou 3 décennies. Nous sommes donc rentrés chez nous complètement dépités.

Que faire concrètement?

Moins il était entendu et plus notre sentiment d’urgence se renforçait. Avec Frank, nous avons continué à nous demander « Que faire concrètement?  » Comment canaliser l’énergie que nous donnait le sentiment d’urgence?  Ne fallait-il pas avancer – et vite – vers la mise en place d’alternatives! Mais lesquelles? Nous avons tenté de rejoindre des associations pour voir ce qu’il était possible de mettre en place. Cependant nous avons été confrontés à des procédures lentes. D’autre part, nous avons assisté à des réunions longues et stériles à nos yeux… Nous avons abandonné car nous voulions être dans l’action.

Produire de la nourriture

Impossible désormais de vivre comme avant puisque l’hiver 2015-2016 nos vies avaient pris un nouveau tournant. Il était donc vital de trouver des réponses à nos questions. Quel sens allions-nous donner à nos actions? Allions-nous tout laisser crouler sans rien faire? Tout en cherchant à trouver des pistes concrètes à mettre en place, nous avons continué à développer le projet de permaculture dans le « Jardin de Francine ». Nous avons appris à reconnaître les plantes sauvages comestibles. Si les Irlandais avaient su sur quoi ils marchaient entre 1846 et 1851, il n’y aurait pas eu un million de mort au cours de la grande famine qui a suivi l’épidémie de mildiou dans les pommes de terre. En cas d’effondrement, c’est de nourriture que nous aurons le plus besoin, et d’aliments nourrissants, contenant tout ce dont nous avons besoin. Et en cela, les plantes sauvages sont bien plus riches que nos légumes.

Bref, nous nous sentions un peu comme les musiciens qui ont continué à jouer de la musique alors que le Titanic coulait. Jardiner, tester de nouvelles techniques pour mettre le jardinage à la portée de tous, y compris des enfants et des plus faibles, nous a permis de ne pas tomber dans l’impuissance apprise! Nous avons continué à chercher des pistes d’actions concrètes pour amorcer un tournant radical qui permettrait si pas d’éviter l’effondrement, au moins d’avoir des outils pour y résister. Nous cherchions entre autre une forme de monnaie (un peu comme celle des SEL) qui pourrait permettre de mesurer la valeur des échanges entre jardiniers et autres producteurs d’alimentations ou d’objets usuels. Ces échanges au sein d’une collectivité pourraient remettre en action, resserrer les liens sociaux et développer la solidarité… Bref, ils renforceraient tous ces fondements d’une société résiliente.

Retrouver notre liberté

Alors que nous agissions à notre petite échelle, nous avons été de plus en plus effarés de constater à quel point les décisions politiques allaient à l’encontre de tout bon sens. S’il y avait une chance d’éviter l’effondrement, on était en train de la perdre! Une question nous hantait: « Mais finalement, qui décide de l’avenir de l’humanité? Est-ce vraiment les politiques? »

C’est avec ce type de questions que nous sommes arrivés à un WE sur les monnaies libres organisé à Wegimont en collaboration avec Financité et le collectif « Monnaie Citoyenne Verviers »

Pour moi, ce fût une véritable révélation! C’est un concept très difficile à concevoir parce qu’il demande un changement complet de paradigme. Il faut oublier tout ce qu’on sait pour imaginer une autre manière de faire à partir de fondements tout à fait différents.

En gros, il s’agit d’abord de comprendre ce qu’est la monnaie. La monnaie est un instrument de mesure qui permet de chiffrer la valeur des biens et des services que nous nous échangeons. La monnaie devient elle-même un bien que j’acquiers en offrant quelque chose et qui pourra me permettre de recevoir – d’avoir le droit d’acquérir – autre chose.

Mais finalement qui crée cette monnaie, pour quoi, pour qui et comment?

Et bien, ce sont les banques qui créent la monnaie à partir de rien lorsqu’on fait un crédit! C’est d’une simplicité déconcertante! Quand le crédit est remboursé, la monnaie créée est détruite. Seuls restent donc les intérêts que la banque a gagnés et qui eux n’ont pas été créés et sont donc pris sur une autre dette qui ne pourra pas être remboursée. Toute la monnaie dont nous disposons vient d’une dette. Les banques octroient des crédits aux personnes reconnues comme solvables mais surtout aux entreprises et principalement aux Etats. A quelles conditions?

Cette question est essentielle.

En effet, c’est l’argent qui permet à ceux qui en disposent de faire des choix importants. Des choix de société, de développement…  Ce sont donc ceux qui ont la monnaie et qui octroient des crédits qui décident de ce qui a de la valeur et de ce qui n’en a pas, des projets qui peuvent être développés et de ceux qui ne le seront pas, faute de crédit. Donc en fin de compte, ce sont bien les propriétaires des banques privées qui décident de ce qui a de la valeur… Et cela, sans tenir compte de l’avis de la majorité des citoyens.

Donc pour en revenir à un possible effondrement, qui finance toutes ces décisions qui sont en train de nuire non seulement à la planète mais à toute l’humanité? Les banques et l’oligarchie qui les dirige!

Vous pouvez approfondir ce sujet en cherchant des textes ou des vidéos traitant de la « monnaie-dette ». C’est assez impressionnant! Préparez-vous à perdre certaines de vos croyances!

Liberté – Egalité – Fraternité? 

Mais s’il en est ainsi, où est notre liberté? Dans quelle démocratie vivons-nous? De plus en plus de citoyens dans le monde entier sont conscients qu’il faut construire une transition vers un monde plus solidaire, plus respectueux des ressources de la planète et de tout être vivant. Mais les banques continuent d’investir dans l’extraction des énergies fossiles! Elles mettent à genoux certains pays du Sud en exigeant le remboursement de dettes illégitimes.

Pourquoi est-ce nécessaire de comprendre tout cela? Parce qu’une fois que vous aurez approfondi le sujet de la « monnaie-dette », vous serez prêt à imaginer d’autres modes de création de monnaie. Tant que l’on accepte comme immuable le mode de fonctionnement actuel, impossible de prendre suffisamment de recul pour repartir à zéro, pour sortir du cadre et pour oser imaginer d’autres possibles.

Une autre manière de penser nos échanges

Quand vous serez prêts à imaginer d’autres réalités, vous pourrez mieux comprendre ce que Stéphane Laborde a découvert. Il a cherché à démontrer qu’il était possible de créer une monnaie qui garantirait nos libertés économiques: liberté d’avoir accès aux ressources, de produire et de choisir une monnaie pour pouvoir échanger. Plutôt que de créer la monnaie à partir de crédits accordés à une minorité, il « suffirait » de la créer en donnant régulièrement à chaque humain un dividende universel. Dans sa théorie relative de la monnaie (TRM), il calcule entre autre comment calculer ce dividende pour qu’il soit le même pour tous dans l’espace et dans le temps.  Une monnaie créée de la sorte est appelée « monnaie libre » parce qu’elle permet aux humains d’exercer leur liberté dans le respect de celle des autres. Stéphane Laborde vous l’explique dans ses vidéos que vous trouverez sur son site ICI

La mise en circulation de cette monnaie libre permet les échanges de services et de biens tout aussi valablement et même mieux que la monnaie-dette puisqu’il n’y a plus le poids de la dette qui s’alourdit au fil du temps.

La monnaie libre, une base pour une transformation profonde de nos sociétés

J’ai enfin trouvé ce que je cherchais. La monnaie libre n’est pas créée ex-nihilo par quelques-uns. Elle est co-créée par les membres d’une communauté. Tous les individus de cette communauté – quel que soit l’endroit ou l’époque où ils vivent – ont les mêmes droits face au processus de création de monnaie. Cette nouvelle monnaie permettra donc aussi bien les échanges que ne le font les monnaies dettes. Par contre, elle réduira les inégalités et la pauvreté. Rappelons aussi qu’elle n’est pas nécessairement locale.

Ce type de monnaie n’a jamais existé dans l’histoire. Elle est basée sur des calculs remis sans cesse à jour au fur et à mesure des fluctuations de la masse monétaire en circulation, du nombre de personnes qui l’utilisent… Elle n’est ainsi possible que parce que nous disposons de programmes qui permettent cette mise à jour continuelle et surtout de quelques informaticiens passionnés qui travaillent continuellement pour mettre à jour ces programmes et pour les mettre à la portée de tous.

Aucun risque!

La monnaie libre ne demande aucun investissement en Euro, contrairement aux monnaies locales. Pour participer aux échanges en monnaie libre, il s’agit juste de s’inscrire et de se faire reconnaître comme un être humain, qui n’est pas encore membre et qui sera capable d’être vigilant quand il pourra à son tour certifier. Une fois devenu membre, vous recevez des dividendes qui vous permettent de commencer à échanger avec les autres utilisateurs de cette monnaie. La monnaie libre n’est pas convertible en euro. Contrairement au bitcoin qui est aussi une nouvelle forme de monnaie scripturale, elle ne pourra être ni accumulée ni sujette à de fortes spéculations.

Attention aux arnaques!

Certains vous invitent à investir dans une monnaie en promettant des rendements extraordinaires. Pour vous convaincre, ils vous racontent l’histoire du bitcoin. La monnaie libre, comme le bitcoin, est créée par des « machines » et une « blochchain ». C’est leur seul point commun. La monnaie libre n’est pas conçue pour la spéculation. Son mode de création empêchera autant l’inflation que la déflation. Pour comprendre pourquoi et comment, il faut prendre le temps d’approfondir la Théorie Relative de la Monnaie.

La première monnaie libre a vu

Le jour le 8 mars 2017 les premières G1 (on prononce Junes) ont été co-créées par les 58 premiers membres. Depuis la toile de confiance se développe. Début juin, pour les Rencontres de Monnaie Libre au Havre, elle comptait 140 membres. Elle va continuer à se développer de manière exponentielle.

Monnaie libre locale?

La simplicité d’utilisation de cette monnaie et le fait qu’elle soit fondée sur une toile de confiance qui se développe petit à petit en fait par la force des choses une monnaie locale partagée dans diverses communautés locales (ce qui peut favoriser des échanges entre les différentes régions). Il y a un collectif très dynamique dans la région de Toulouse-Monpellier, un à Flers en Normandie, un à Paris, un qui commence à Verviers… et pourquoi pas bientôt un dans la botte Hainaut-Namur?

Intéressé?

Contactez-nous. Nous nous ferons un plaisir de vous montrer et démontrer en quoi cette monnaie est équitable, garantit nos libertés et développe la fraternité.

Pour aller plus loin

Vous pouvez visiter le site de Stéphane Laborde qui a découvert la monnaie libre.

Sur le site d’un jeune belge, Emmanuel Bultot, vous trouverez des liens vers des textes qui vous permettront de comprendre d’où vient l’argent ainsi que la théorie relative de la monnaie de Stéphane Laborde. Cette théorie est le fondement des monnaies libres.

N’hésitez pas à faire circuler l’info, à poser vos questions, à partager d’autres liens qui vous semblent intéressants….

Quelques liens d’introduction

Notre situation actuelle
La monnaie libre
Et encore

Un extrait de la vidéo de Gabriel Rabhi (recommandée ci-dessus) pour comprendre la monnaie-dette, celle que nous utilisons. Ensuite, une manière d’introduire le concept de monnaies citoyennes et libres. Et pour finir un extrait parmi d’autres d’une conférence de Stéphane Laborde. Vous trouverez d’autres vidéos sur son site.

A propos de l'auteur:

Marie-Berthe Ranwet

Régente en mathématique, licenciée en psycho-pédagogie, psychologue clinicienne, sophrologue, auteur de « Victimes d’amour : Après tout ce que j’ai fait pour toi », paru chez Mardaga et de « Stop à l’ingratitude des enfants, conjoints, amis… et à la nôtre « . Pour acheter ce dernier, il suffit de verser 18€50 sur le compte de l’ASBL Réfl’Actions BE70 6528 2741 4025 – Bic: HBKA BE22 avec en communication l’adresse complète de livraison.
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