Harcèlement scolaire

Le harcèlement scolaire

Le harcèlement scolaire est un véritable fléau qui nuit au climat dans les écoles et qui laisse des traces indélébiles sur tous: harcelés, témoins mais aussi harceleurs, comme je le détaille dans l’article et les liens vidéos que vous trouverez en suivant le lien: Le harcèlement scolaire: ne fermons pas les yeux,

La conférence de Bruno Humeeck

Le mardi 25 août 2015, Bruno Humbeeck explique aux enseignants et aux parents de la région de Couvin un modèle de prévention des situations de harcèlement très intéressant. Voici un compte rendu de son exposé très concret et plus didactique que pédagogique puisqu’il nous donne des moyens concrets de prévenir l’amplification de ce phénomène universel.

Le contexte culturel dans lequel nous sommes

Aujourd’hui, les parents programment la naissance de leurs enfants. Ils se sentent responsables de leur bonheur. Ils deviennent des hyper-parents, hyper-présents, qui veulent tout savoir, tout comprendre et qui veulent protéger leur enfant de toute émotion négative, de toute souffrance. Les trois symptômes des hyper-parents: le parent hélicoptère, le parent drone, le parent curling (sport où quelqu’un balaie devant le galet lancé sur la glace).

Le harcèlement a toujours existé. Dans la « guerre des boutons », on découvre une bonne dizaine de scènes particulièrement violentes… qui nous ont tous fait rire! Or ces scènes sont des scènes de harcèlement! Qu’y a-t-il comme différence? Contrairement à ce qui se passe aujourd’hui, l’enfant qui subissait des humiliations dans ce scénario est vu comme un héro dans son clan. Le traumatisme subi renforçait le sentiment d’appartenance. Sa souffrance avait un sens. Aujourd’hui, la souffrance de l’enfant harcelé fait souffrir ses parents! l’enfant qui veut protéger ses parents se tait!

Le harcèlement est un phénomène social qui a toujours existé. Dans toutes les sociétés, on peut compter 10-15% d’enfants dominants et 10-15% d’enfants dominés. Aujourd’hui, la sensibilité des parents et des enseignants et la diffusion d’images sur internet créent une caisse de résonance. La souffrance et le traumatisme qui en découle est d’autant plus important qu’il n’a pas de sens, qu’il atteint le sentiment d’appartenance, qu’il fait honte aux parents qui sot mis en échec dans leur rôle d’hyperparents.

Il ne faut pas se faire d’illusions: l’école produit de la souffrance sur laquelle l’enseignant, les parents et les enfants n’ont aucun pouvoir. La socialisation et les apprentissages sont sources de frustration et de souffrance, quelle que soit la pédagogie utilisée. Les projets « Bien-être » dans les écoles et les pédagogies qui laissent entendre que l’enfant peut apprendre uniquement par plaisir génèrent des attentes qui ne peuvent pas être comblées. L’enfant qui a plus de difficultés se sent coupable! Ses difficultés sont pathologisées: il est dit dyslexique, dyscalculique… Il souffre de ne pas y arriver tout seul, avec facilité. Il est honteux de ne pas pouvoir combler ses parents qui font « tout » pour son bonheur et sa réussite. Seul face à ses difficultés, le désespoir le guette.

Lorsqu’ils sont confrontés à des situations de violence ou de harcèlement, les tentatives des adultes sont souvent très maladroites et font parfois de gros dégâts. Punir le harceleur, qui ne comprend pas ce qu’on lui reproche, mettre les deux enfants face à face pour une médiation, expliquer, parler, chercher le pourquoi d’un comportement… sont des solutions qui aggravent souvent la situation. Les enfants apprennent alors à se taire, par peur des conséquences de leurs interventions maladroites. Leur seul confident: une peluche ou un jouet. Avec leur taux de cortisol qui augmente, ils deviennent hypervigilants et incapables d’apprendre. Ils ont l’impression que tout le monde leur en veut. Leur estime de soi se dégrade à un point tel qu’ils ne voudraient pas être leur copain.

Le rôle de l’adulte c’est de lui assurer que cela va s’arrêter. Mais comment s’y prendre?

Le programme de prévention de Bruno Humbeeck propose des espaces régulés, des espaces de paroles régulés et pourquoi pas un conseil de discipline.

Espace régulé

Bruno Humbeeck propose de commencer par réguler la cour de récréation. Contrairement aux idées préconçues, à peine 10% des enfants courent toute la récréation. Or, les cours sont conçues pour des enfants qui bougent. Ceux qui jouent au ballon (quand celui-ci est permis) se font des passes entre des groupes d’enfants qui discutent et s’occupent sans courir. Les règles doivent être claires et précises et les sanctions appliquées systématiquement et pour tous. Le surveillant doit être capable de répéter la règle et de la faire appliquer. Il peut utiliser le sifflet, le carton jaune et le carton rouge et faire « sortir » de la cour jusqu’à la prochaine récré celui qui n’obéit pas… sans laisser la possibilité de discuter.  C’est la règle, chacun la connaît. Rien ne justifie le fait qu’elle ne soit pas respectée.

Pourquoi ne pas commencer par délimiter des espaces différents? Un espace où on peut courir et jouer avec un ballon,  un espace où on peut courir mais sans ballon, et un troisième où on ne peut ni courir, ni jouer au ballon. Dans ce dernier, des bancs circulaires peuvent faciliter les conversations ou les jeux de société. Dans les écoles qui ont déjà adopté ce modèle, on observe la réapparition de jeux tels que la marelle par exemple. L’école peut mettre à la disposition des élèves les ballons, des sifflets, jeux divers, livres, équipement d’arbitre, échasses… Les parents informés au cours d’une réunion de ce qui est mis en place sont plus rassurés et font plus confiance à l’école. Les enfants sont plus en sécurité. Chacun peut trouver sa place et la façon de se détendre qui correspond au mieux à son tempérament.

L’adulte qui intervient dans les disputes entre enfants risque d’être manipulé et pris à parti « C’est pour rire ». L’enfant harceleur est souvent un enfant doué, qui a le don de jouer avec les mots et d’en faire un atout. Il vaut donc mieux que l’adulte se contente de rappeler la loi. Par exemple un « Il est interdit de se battre » accompagné de la séparation des enfants envoyés sur un banc de réflexion. Cela suffit dans plus de 90% des cas à résoudre le conflit. Quand le conflit reste, une directrice à qui on envoie les enfants s’est rendu compte que lorsqu’elle leur demande de l’attendre sur un banc et s’éloigne un peu une très grande partie des conflits ont été résolus quand elle revient. Elle n’a alors pas à intervenir.

Espace de parole régulé

La deuxième piste exposée par Bruno Humbeeck, ce sont les espaces de paroles régulés, c’est moments où un adulte permet à chacun de s’exprimer. Ce moment peut être court: une dizaine de minutes et désamorce les crises.

Le professeur peut utiliser des sanctions (carton jaune et rouge, exclusion du groupe) pour faire respecter les 5 règles qui permettent son succès:

  • Une émotion se dit et ne se contredit pas
  • C’est le professeur qui donne et reprend la parole (en veillant à ce que tout  le monde ait son temps de parole)
  • On ne nomme pas, on ne désigne pas, on n’accuse pas, on n’insulte pas, on ne fait le procès de personne
  • La solution vient du groupe. L’intelligence collective est plus forte que l’intelligence émotionnelle
  • Régularité des moments de débat et permanence du lieu.
Conseil de discipline

Enfin, il y a des règles qui ne se discutent pas. L’école est un maillon entre la société et les enfants. Les actes interdits par la loi sont jugés par un conseil de discipline. Les plus fréquents sont l’absentéisme, l’atteinte aux biens ou à l’intégrité d’autrui (vols, coups…), le racisme, le manque de respect de l’autorité. Dans un premier temps, les sanctions peuvent être probatoires: on donne à l’élève une chance de prouver qu’il est capable de se comporter selon la loi. Il reçoit une punition avec sursis.

La loi ne peut pas disparaître à force d’être contournée (ex: un endroit interdit que l’on  occupe sans être puni). Si on veut la changer il existe une procédure à suivre. (Ex: on peut introduire une demande pour que le lieu puisse être accessible).

« La maison de carton » pièce de théâtre – mise en scène par Karim Fattah – illustre le harcèlement

Karim Fattah, a mis en scène avec sa troupe « Amis Parcours » « La maison de carton », une pièce de Anne-Sophie Nédélec. En 1960, un jeune adolescent (Anna ou Otto selon l’acteur qui la joue) force la porte du grenier qui lui est interdit et force son grand-oncle (ou sa grand-tante) a parlé de son père et de sa fin tragique le jour de la libération de Vienne en 1945. Jouée sur scène sous forme de flash-backs, cette pièce montre l’évolution d’un groupe de jeunes autrichiens de 39 à 45. L’arrivée de Karl et de Greta va déstructurer la bande de joyeux amis.

Dans ce contexte apparemment si éloigné du nôtre, les interactions mettent en évidence les mécanismes du harcèlement.  Quelle que soit l’époque, le contexte social ou politique, les mécanismes du harcèlement sont toujours les mêmes. L’analyse du destin de chaque personnage et de ses réactions face à ce qui se passe permet d’aborder des thèmes difficiles dans les groupes de parents, d’enseignants et même avec les étudiants. Les réflexions suscitées peuvent déboucher sur des projets d’actions concrètes pour prévenir le harcèlement : adapter le règlement – et les sanctions – pour qu’il puisse être clairement appliqué, donner la possibilité à ceux qui le désirent de décrire, même de manière anonyme, les faits dont ils sont témoins pour informer les adultes responsables de ce qui se passe…

Karim et sa troupe propose de jouer cette pièce le soir pour les parents, les enseignants et les élèves et Marie-Berthe dans le cadre de l’ASBL Réfl’Actions propose d’animer un débat, des cours, une journée pédagogique… et de vous donner les outils qui permettent de s’ouvrir à cette nouvelle approche de Bruno Humbeeck, centrée sur les règles et leur application stricte.

Vous avez des doutes? Votre enfant ne va pas bien et vous ne savez plus quoi faire? Marie-Berthe propose aussi des bilans familiaux pour faire le point.

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