Mères en tempêtes

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Mères en tempêtes

Les poètes et publicistes vantent les qualités de la mère ! Mère idéalisée, surnaturelle, déesse mère ! Comment être à la hauteur de ces modèles d’amour, de tendresse, de constance et de patience?

Je lisais dernièrement un article sur le net : « Ces dix choses que nos mamans ne nous ont jamais avouées et qui pourtant sont vraies. » Je m’attendais à une démystification de l’image de la mère. Et bien non ! L’introduction donne le ton.

« Inconditionnel, sans aucune limite, solide, puissant… Tous ces termes et tellement d’autres ne suffisent pas à qualifier l’amour que porte une mère à ses enfants ».

Suivent ensuite dix paragraphes qui font l’éloge de mères parfaites, entièrement dévouées et sacrifiées au bien-être de leurs enfants.

Emotions cachées, cris, crises, honte…

Comment ne pas être surprise, déçue et honteuse quand, en tant que mère, on se sent prise dans une tempête d’émotions très contradictoires ?

Derrière le sourire des mamans, que de sujets tabous, de secrets bien gardés, si difficiles à partager ! Envies inavouables aussitôt enfouies, cachées derrière des comportements adaptés, mimés et des sourires forcés ! Que d’interrogations ! Est-ce normal d’avoir des images sordides, indicibles, de tels désirs innommables? Serais-je dépourvue d’instinct maternel ? Serais-je monstrueuse, capable du pire ?

Et que dire à la maison, derrière les volets fermés, de toutes ces crises, ces accès de colères, ces débordements quand à bout de nerfs, la mère craque ! Douloureux moments qui érodent la confiance en sa capacité d’être une bonne mère !

L’instinct maternel serait-il défaillant ? Serions-nous toutes des mauvaises mères ?  Mais au fond,  qu’est-ce qu’être une bonne mère ? Celle qui protège l’enfant de toutes les frustrations et douleurs, celle qui le comble ?

La mère idéale est loin d’être idéale!

La vie humaine n’est pas facile ! La confrontation à la réalité est tellement douloureuse qu’elle doit se faire petit à petit pour que l’enfant puisse la supporter. Dès sa naissance, la mère continue à « faire le ventre » pour le bébé trop fragile et complètement dépendant.  Au cours des premières semaines, elle sent ses besoins pour y répondre au mieux le plus rapidement possible. Petit à petit cependant, elle met des limites. L’enfant se rend compte qu’elle n’est pas attachée à lui, qu’elle peut partir, qu’elle a sa vie… Il comprend qu’il doit grandir et se prendre progressivement en charge.

Une mère « parfaite », toute puissante, qui comblerait tous les besoins de l’enfant sans défaillir ne lui permettrait pas de faire ce chemin !  Elle finirait par s’écrier: « Après tout ce que j’ai fait pour toi »!

Pour grandir et devenir un adulte autonome, responsable, créateur, l’enfant a besoin d’une mère « imparfaite », qui a des limites, qui ne peut pas être tout pour lui ni le protéger de tout ! Il a besoin d’une maman qui exige de la gratitude et sait lui dire non et dire stop à ses attitudes ingrates.

C’est bon pour l’enfant que la maman ne soit pas toujours disponible pour lui. C’est normal que l’enfant soit triste, qu’il se mette à pleurer et qu’il ressente de la colère face à cette réalité difficile à digérer ! C’est important de lui apprendre à grandir avec ces émotions.

Certains enfants vont tout faire pour forcer leur mère à continuer à les protéger de la réalité de la vie et à satisfaire tous leurs besoins. Même si ce n’est pas facile d’être confrontée à leurs émotions négatives et à leur résistance, la maman qui résiste et met des limites aide ses enfants à aller de l’avant. Dire non et refuser l’ingratitude fait partie de son rôle, de son devoir de maman! La mère qui respecte ses propres besoins et émotions le fait de manière tout à fait naturelle. De manière presqu’instinctive, des choses qu’elle faisait avec plaisir deviennent lourdes au fur et à mesure que l’enfant franchit certaines étapes… c’est le moment d’arrêter de les faire!

Le poids de l’image de la mère dans les médias

Mais comme ce n’est pas du tout ce modèle de mère qui est médiatisé, certaines mères luttent contre ce qu’elles ressentent et s’efforcent de continuer à éviter un maximum de frustrations à l’enfant !

Les mères dans les publicités laissent les enfants jouer sans limites parce qu’elles ont le produit miracle qui enlève toutes les tâches. Elles reçoivent la reconnaissance des enfants pour le vêtement qui garde sa couleur lavage après lavage ou pour la collation mise dans la boite à tartine associée avec le cartable. Leur repas fait avec tel produit est apprécié et l’ambiance est détendue à table grâce à la sauce machin…

Et si c’étaient ces clichés finalement qui déchaînaient des tempêtes de plus en plus violentes ? Les mères ne sont-elles pas de plus en plus fatiguées, découragées, déprimées à force d’être confrontées à leur impuissance à rendre leurs enfants aussi heureux, calmes et reconnaissants que ceux des publicités ?

Contribuons à faire évoluer la culture

En tant que mère ou père, pourquoi ne pourrions-nous pas dire à nos enfants devenus à leur tour parents des choses telles que :

– « J’ai parfois douté d’y arriver. J’ai eu de la chance nous étions deux pour nous lever la nuit à tour de rôle. Nous étions parfois tellement épuisés que, seuls, ni l’un ni l’autre, nous n’y serions arrivés »
– « J’étais heureuse de pouvoir te placer chez ma maman tous les samedis. Tu y passais journée et la nuit. Je pouvais occuper faire les courses, aller au cinéma, voir des amis ou seulement rester à la maison pour faire quelque chose qui me plaisait et que je ne pouvais pas faire tranquillement quand tu étais là. Le soir, nous pouvions avoir une soirée à deux, sortir, recevoir des amis… »
– « J’avais ma boite de pralines cachée que je me réservais pour moi seule »
– « Je vous ai parfois mis devant un dessin animé pour ne plus vous entendre et pour avoir la paix »
– « J’ai pleuré en cachette quand tu me faisais mal, quand tu me tirais les cheveux, quand tu me disais que tu ne m’aimais pas, quand tu refusais d’obéir et que tu faisais des crises. Il y a eu des périodes au cours desquelles j’assumais mon rôle de mère plus par devoir que par amour. Je ne ressentais plus rien. Mais l’amour, ce n’est pas ce qu’on sent, c’est l’engagement. Et je m’étais engagée à être ta mère…. Et seulement ta mère. Je ne pouvais pas sacrifier ma propre vie pour toi »
– « J’ai souvent ressenti de la colère que j’ai essayé de canaliser, plus ou moins bien. Tu as parfois reçu des claques quand tu me mettais à bout. »
– « Je t’ai donné la vie, ta vie, pas la mienne »

Les enfants qui n’ont pas été intoxiqués par la culture psychologisante profitent des fêtes familiales pour raconter avec le sourire les souvenirs qui remontent à la surface une fois qu’ils deviennent parents.

– « Tu te souviens que tu me mettais à la cave avec mon assiette quand je ne voulais pas manger de tout. Je vidais mon assiette derrière la machine à laver. Un jour, évidemment, tu as trouvé le pot aux roses. Tu ne m’as plus mis à la cave. Une autre fois, je remplissais ma bouche puis j’allais cracher à la toilette. Cela aussi tu l’as vu. Bref, en panne de solutions de remplacement, il a bien fallu que je finisse par manger un peu de tout… Et aujourd’hui, je te remercie d’avoir insisté. Que ce soit chez des amis, au restaurant, dans les réceptions d’affaire, je fais honneur à tous les plats. C’est pourquoi j’insiste pour que mes enfants mangent de tout… et je souris quand je vois mon fils se lever pour aller à la toilette. En riant, je lui ai dit… « Je sais ce que tu va faire à la toilette Sam, papa connaît le truc, il l’a fait avant toi » » Mathéo

C’est un bon moment familial. Tout le monde rit ! Il y a prescription !

Merci maman!

Sortons des clichés qui renforcent le sentiment d’incompétence chez les mères! Acceptons que les mamans ne se retrouvent pas dans les modèles traditionnels de dévouement, d’abnégation. Personnalisons les compliments que nous leur faisons. Remercions les mamans pour tout ce qu’elles apportent concrètement, mais aussi et surtout pour ce qui fait d’elles des femmes humaines, avec des limites. Invitons les enfants à reconnaître le courage des mamans qui continuent à mettre leurs limites, malgré les crises !

Un pas plus loin!

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Pour le plaisir, une parodie

A propos de l'auteur:

Marie-Berthe Ranwet

Régente en mathématique, licenciée en psycho-pédagogie, psychologue clinicienne, sophrologue, auteur de « Victimes d’amour : Après tout ce que j’ai fait pour toi », paru chez Mardaga et de « Stop à l'ingratitude des enfants, conjoints, amis... et à la nôtre ". Pour acheter ce dernier, il suffit de verser 18€50 sur le compte de l'ASBL Réfl'Actions BE70 6528 2741 4025 - Bic: HBKA BE22 avec en communication l'adresse complète de livraison. Vous pouvez aussi soutenir ce site en versant la somme de votre choix sur ce même compte.

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