Attouchements et abus dans les familles

Attouchements et abus dans les familles 

Attouchements et abus… Suspicion, accusations, comment faire la part des choses entre le vrai ou le faux ? Quel est le rôle des parents et des beaux-parents pour que les relations qui se créent entre « beaux » (beaux-enfants, beaux-frères et belles-sœurs… ) soient saines ? Y a-t-il des limites à mettre ? Lesquelles et à qui ? Comment faire la différence entre un attouchement qui pourrait être malsain et un geste de tendresse? Le sujet n’est pas simple. Voici quelques pistes de réflexions.

Expressions de tendresse ou attouchements?

Au départ, dans la famille d’origine, en principe, les limites se mettent de manière spontanée et assez facilement. Les parents prennent parfois le bain avec les bébés et les jeunes enfants. Si la relation est saine, spontanément, ils mettent des limites aux « attouchements » et marquent de tendresse. L’enfant ne peut pas toucher le parent n’importe où, n’importe comment. Le parent va aussi très vite encourager l’enfant à se laver les parties intimes seul. A partir d’un certain âge, l’enfant va aspirer de lui-même à plus d’intimité. Parfois c’est le parent qui sent une gêne le premier et qui va commencer à mettre des distances. Bref, la porte de la salle de bain va petit à petit se fermer.

Séduction ou recherche de tendresse? 

Le jeune enfant a des attitudes de séduction. On connaît tous le pouvoir d’une petite fille qui fait du charme à son papa ou à son grand frère ! Elle a déjà toutes les attitudes d’une grande. Or, ces attitudes qui peuvent avoir une connotation sexuelle aux yeux des grands, n’est certainement pas une recherche de relations sexualisées. La petite fille cherche juste de l’attention, de la tendresse. Et c’est la même chose pour le petit garçon avec sa maman. Il aime toucher les seins, par exemple, mais c’est de la curiosité !

Comment mettre des limites à l’enfant sans casser son plaisir de séduire, de plaire, de découvrir… sans le culpabiliser ? Comment lui apprendre qu’il y a des choses qui ne se font pas ? En général, le parent sent le malaise et fait une remarque ou détourne un geste déplacé.

La curiosité a ses limites

Curiosité du biologisteDe manière spontanée et même sans s’en rendre compte, les parents veillent aussi à ce que les relations entre frères et sœurs soient respectueuses. Le grand frère ou la grande sœur qui assiste au changement de couche est curieux, d’autant plus si le bébé n’est pas du même sexe. Cette curiosité est saine… jusqu’à un certain point. L’enfant peut regarder, mais pas « toucher ». Il ne peut pas commencer à explorer avec les mains et les doigts !

On ne peut explorer le corps de l’autre comme on explore un objet de la  nature! Le bébé et le jeune enfant ne peuvent pas se défendre ni mettre leurs limites. C’est donc au parent de veiller et d’apprendre aux enfants les règles du respect mutuel.

Dans une famille recomposée ou élargie, les attouchements prennent vite une connotation sexuelle

L’expression des limites est moins spontanée dans les familles recomposées. Les enfants n’ont pas grandi avec les mêmes règles ni les mêmes limites dans l’une et l’autre famille. L’enfant qui séduit peut mettre son jeune interlocuteur mal à l’aise et le déstabiliser. C’est donc  souvent à une personne tierce et aux adultes qu’il revient de mettre des limites. On ne se promène pas tout nu devant le beau-frère, la belle soeur ou le cousin, la cousine.

Mettre des limites aux adolescents curieux

Entre « beaux- », cousins et cousines, voisins, amis… une certaine retenue sera nécessaire. C’est aux parents qu’il revient de mettre des limites aux enfants et même parfois aux adultes qui approchent leurs enfants! Ce n’est pas toujours facile, car cela peut être mal pris. On peut faire des amalgames et penser par exemple qu’un pré-ado ou ado qui « touche » un bébé pourrait devenir un pédophile alors qu’il n’en est rien. Il est juste curieux. Il doit juste apprendre qu’il ne peut pas satisfaire sa curiosité n’importe comment. Si les adultes ne sont pas d’accord sur ce point, si certains ne voient pas le problème, l’adolescent n’a plus de repères.

Qu’est-ce qui crée vraiment le traumatisme, la remarque ou le désaccord à propos de cette remarque? 

Le jeune pris dans ce genre de paradoxe peut se poser en victime et plus tard ne pas vouloir prendre ses responsabilités. Les limites qu’on lui a mises n’étaient pas valables, puisque manifestement les adultes ne sont pas d’accord à leur propos. Il peut donc continuer à les transgresser ailleurs et dans d’autres contextes. Il peut aussi se fixer sur cette envie légitime à ses yeux (et à ceux de ses défenseurs) de toucher sa sœur (et tout autre enfant en très bas âge) pour voir « comment elle est faite ». Au fil des années, les transgressions ou envies de transgression à la règle pourront, à partir d’un certain moment, être considérées comme des actes ou des désirs pédophiles.

Victimisation

Sans aller aussi loin, l’adolescent peut aussi commencer à justifier tous ses manquements par l’outrage qu’il a un jour reçu de sa belle-mère. Si les adultes qui sont responsables de son éducation (parents, grands-parents, enseignants, psychologue…) entrent dans son jeu, il ne pourra pas accepter de devenir un être humain, imparfait, qui fait des erreurs, mais qui peut les réparer ou éviter de les refaire. Il risque de se forger une identité d’adulte-enfant-roi. Il peut continuer à se voir comme la personne pleine de potentiel qu’il aurait pu rester et rêver à tout ce qu’il aurait pu devenir s’il n’avait pas vécu ce traumatisme.

Si des adultes remettent en cause les limites qui ont été mises, l’adolescent ne va pas supporter qu’on lui ait fait ce qu’il prend pour un reproche injustifié. Dans le contexte culturel dans lequel nous baignons depuis quelques années, il peut avoir l’impression que certains le prennent pour un pédophile. Or, si l’interdit avait été clair dès le départ, le jeune ado aurait pu tourner la page et passer à autre chose, s’intéresser aux jeunes filles de son âge, trouver des réponses à ses questions sur la sexualité autrement.

Devenir adulte, c’est entre autre accepter que tout n’est pas permis

Or justement, à l’adolescence, c’est le moment de choisir sa voie ! C’est aussi par la même occasion le moment de renoncer à tout ce qu’il ne pourra pas faire ou être, à tout ce qui ne sera pas possible. Ce renoncement est nécessaire pour aller au bout de ses choix et des possibilités que la vie lui offre. C’est le moment de renoncer à pouvoir tout être! Le moment d’entrer dans des collectivités organisées autour de règles et d’interdits afin que chacun puisse trouver sa place et être respecté dans son intégrité.

Des adolescents victimes d’un manque de limites

Les jeunes adolescentes sont confrontées à un autre problème. Si les adultes ne mettent pas de limites claires, elles risquent de subir ce qui pourra être perçu à posteriori comme des attouchements de ses beaux-frères ou de son beau-père !

C’est sa mère et la belle-mère qui sont les mieux placées pour lui mettre des limites. Elles vont sentir quand la jeune fille va trop loin et elles vont avoir envie de lui mettre des limites. Elle ne peut plus aller dans les bras de son beau-père de cette manière, c’est un homme! Elle est une jeune fille, elle ne peut plus traverser le living en petite culotte…

Cette réaction d’une femme envers une jeune ado peut être mal interprétée. On peut y voir une jalousie mal placée. Une belle-mère fait une remarque, la mère s’offusque aussitôt du fait que sa rivale casse la féminité et la confiance de sa fille ! Cela aura donc les mêmes conséquences que celles étudiées pour le jeune homme ci-dessus.  Je vous laisse les transposer.

Liberté sexuelle et droit de chacun au respect de son intimité et de son intégrité

Dans certaines familles recomposées ou élargies, un certain laxisme peut tourner au drame. Au nom de la liberté de chacun, on laisse les ados des deux fratries ou les cousins se débrouiller entre eux. Les très jeunes ados ne crient-ils pas haut et fort qu’ils sont grands et qu’ils savent ce qu’ils veulent ? Pourquoi les contredire ? Pour les protéger évidemment ! C’est le devoir de tous les adultes concernés de se mettre d’accord pour affirmer ensemble règles et interdits clairs !

Or, nous vivons dans une culture morcelée. Dans certains milieux, on prône la liberté sexuelle. Dans d’autres, on trouve dans le passé la cause des difficultés relationnelles et affectives. Une jeune femme qui consulte peut découvrir à posteriori qu’elle a subi des attouchements d’un beau-frère, d’un cousin… Ce qui semblait être des « jeux de découverte » librement consentis et recherchés sont perçus avec le recul comme des attouchements. La jeune femme peut alors accuser son (ex-) beau-frère ou cousin, surtout s’il avait quelques années de plus… Or, ce sont les parents qui ont fermé les yeux! Parfois même qui, d’une manière ou d’une autre, ont facilité et encouragé ces échanges. En effet, ils pensaient que cela aiderait les jeunes à se découvrir et à être plus à l’aise avec leur sexualité !

Le regard des psys et thérapeutes 

Des psychologues et des psychothérapeutes cherchent pour toute difficulté relationnelle l’abus qui en serait à la source. Ils portent un regard sur des événements qui se sont passés dans un autre contexte culturel que le leur. Ils dirigent alors leur client sur une piste dangereuse… Déstructuration, rupture des liens familiaux, rancunes… peuvent alors submerger et les dévier de leurs objectifs de vie. 

Protégez vos enfants! Mettez des limites claires!

Dans les familles recomposées, les limites sont particulièrement difficiles à mettre. Nombreux sont les parents qui n’osent pas agir et qui se forcent à laisser passer des choses qui les mettent mal à l’aise. Pourquoi des mamans et des papas laissent-ils leurs enfants se débrouiller dans un milieu où la place de chacun n’est pas bien définie et où les règles ne sont pas claires ni explicites? Par peur de ce que les « beaux » et les « ex » vont penser, par peur de paraître ringard, jaloux, possessif, par peur du conflit… Mais aussi parce qu’ils sont perdus dans un monde où les spécialistes disent tout et son contraire sans pouvoir se mettre d’accord.

La loi du plus fort

Si les règles ne sont pas exprimées clairement, elles sont implicites. Elles servent les intérêts de ceux qui sont prêts à tout pour satisfaire leurs besoins et leurs impulsions. Le plus fort impose sa vision des choses, sa volonté et ses désirs aux autres. Pour faire comme les grands, les ados sont prêts à tout accepter, y compris des découvertes et des « aventures » qui pourront nuire à leur développement relationnel et affectif.

Il est donc hyper important de créer un milieu où les limites sont claires et où il est possible de les rappeler sans que personne puisse se sentir attaqué ou traité de de « pédophile », d’ « aguicheuse », de « pervers », de manipulateur… Ce sont ces étiquettes et ces doutes dans un milieu sans règles et non les règles elles-mêmes qui créent le traumatisme.

Pour continuer la réflexion

Un livre: Dans « Stop à l’ingratitude » (lien ci-contre) vous trouverez deux outils qui vous aideront à mettre des limites dans le respect des différences de chacun.

A propos de l'auteur:

Marie-Berthe Ranwet

Régente en mathématique, licenciée en psycho-pédagogie, psychologue clinicienne, sophrologue, auteur de « Victimes d’amour : Après tout ce que j’ai fait pour toi », paru chez Mardaga et de « Stop à l'ingratitude des enfants, conjoints, amis... et à la nôtre ". Pour acheter ce dernier, il suffit de verser 18€50 sur le compte de l'ASBL Réfl'Actions BE70 6528 2741 4025 - Bic: HBKA BE22 avec en communication l'adresse complète de livraison. Vous pouvez aussi soutenir ce site en versant la somme de votre choix sur ce même compte.

Laisser un commentaire