Comment prendre des décisions à deux?

  • Sur base de quels critères prenez-vous vos décisions

Comment prendre des décisions à deux?

Prenez-vous vos décisions plus en fonction de vos valeurs, de l’impact que cela peut avoir sur les autres ou sur base de critères impersonnels et objectifs, sur ce qui vous semble juste et logique?

Prendre des décisions à deux, c’est pouvoir tenir compte du point de vue de l’autre. Or, si l’un des deux prend ses décisions sur base de valeurs et l’autre sur base de ce qui est logique il est possible que vous arriviez à la même conclusion. Mais si ce n’est pas le cas, vous risquez d’entrer dans un dialogue de sourd.

Voyons cela à partir d’un cas concret: se mettre d’accord sur les décisions à prendre concernant les enfants. Vous pouvez transposer cet exemple pour tout autre sujet dans le couple, mais aussi entre collègues, amis…

D’accord sur les grands principes, mais pas sur la manière de les appliquer

Avant de se marier, Annette et Christophe étaient d’accord sur les grandes lignes pour l’éducation de leurs enfants. Mais à présent qu’ils ont leurs deux filles, ils ont l’impression d’être aux antipodes l’un de l’autre. Au début, il n’y avait pas trop de problèmes. Mais quand ils ont commencé à ne pas être d’accord sur une position à prendre, ils ont commencé à argumenter leurs choix respectifs. Et là, les difficultés se sont cristallisées. Les arguments qu’ils donnent agacent l’autre. Annette veut faire respecter coûte que coûte les principes sur lesquels ils s’étaient mis d’accord: on participe aux charges, on se lève avant 9 heures, même en vacances… Christophe est d’accord sur les principes, mais dans la réalité, il a toujours une bonne excuse pour ne pas les faire appliquer. « Tu es trop sévère. Tu vas les traumatiser. Il faut les comprendre, respecter leurs envies, ne pas les frustrer… »

Quand les différences de point de vue se cristallisent

Annette observe avec détachement les faits, et ne paraît pas très touchée par les émotions exprimées par ses deux filles et son mari, Christophe. Lorsqu’elle doit décider, elle pèse le « pour » et le « contre » de chacune des solutions avant de prendre « froidement » la décision qui lui semble être la plus réaliste, la plus claire, la plus juste. « Tu rends le jouet à ta sœur, c’est le sien, tu n’as pas à prendre ses affaires –  Vous rangez vos jeux, c’est l’heure – On ne quitte pas la table tant que tout le monde n’a pas mangé… » Ca n’arrête pas! « J’en ai assez d’être toujours derrière vous et de devoir toujours répéter la même chose »

Christophe ne comprend pas. Il ressent au plus profond de lui-même de la colère. Comment une mère peut-elle être aussi froide! Quand il est seul le soir pour mettre les filles au lit, il a tendance à les laisser jouer un peu plus. « Oh papa, s’il te plaît, laisse-nous encore un peu, pour une fois qu’on s’amuse bien ensemble!« . Il ne résiste pas à ce type d’arguments! Il imagine facilement que la mise au lit serait frustrante et les couperait dans leur élan. Il est ému de les voir grandir et s’entendre. Il se met à leur place. Quand il passe un bon moment avec quelqu’un, il peut reporter à plus tard ce qu’il avait prévu. Créer des relations harmonieuses est une de ses valeurs. Il attend donc patiemment un moment de flottement dans le jeu, la fin d’une part, pour rappeler qu’il est l’heure de se coucher.

Quand Annette rentre et qu’elle constate qu’une fois de plus, ses filles n’ont pas obéi, elle n’est pas contente. « Elles vont encore être fatiguées demain ! Tu n’es pas sérieux. Tu me laisses le mauvais rôle, c’est toujours moi qui doit gendarmer » reproche-t-elle à Christophe qui s’éclipse dans le garage pour achever de le ranger. Christophe comprend la motivation de sa femme. Il sait qu’elle veut le bien de ses filles. Il reconnaît que c’est important qu’elles aient suffisamment de sommeil, mais quand même, il ne faut pas exagérer. Ce n’est pas pour une heure, ni pour une fois! Il ne peut plus être d’accord!

Au bord de la rupture

Annette et Christophe communiquent de plus en plus difficilement. Lorsqu’ils sont confrontés à un problème qu’ils doivent résoudre à deux, ils savent déjà bien avant de commencer que cela va mal tourner. Pour préparer leur discussion, Annette liste toutes les solutions possibles, et les classe de manière logique, montrant les enjeux pour chacune. Pour elle, c’est clair! Il  n’y a pas à tergiverser. Christophe, comprend les arguments de sa femme, mais au moment de décider, il n’est pas très logique. Il choisit la solution qui correspond le plus à ses valeurs, en se référant à ce qu’il trouve « bien » ou « mal ». Que ce soit juste ou pas, logique ou pas, lui importe peu.

Ce soir, un couple d’amis est de passage. Christophe entraîne André dans le garage et lui confie son découragement. « Elle ne voit que ce qui ne va pas. Elle veut absolument être juste, mais nos deux filles ne sont pas les mêmes, elles n’ont pas les mêmes besoins, ni les mêmes goûts. Elle critique tout. Elle épie tout ce que je fais, elle est toujours sur mon dos.  Elle m’accuse de favoritisme parce que je passe plus de temps à jouer avec  Lucie. Justine est plus grande et plus solitaire, elle aime être tranquille dans sa chambre. Ce ne sont que des reproches. Elle dit que je suis un mou, que je me laisse marcher sur les pieds. Elle exagère, elle est beaucoup trop sévère. Il faut que je protège mes filles. Je ne veux pas qu’elles vivent ce que j’ai vécu avec mon père!»

Pendant ce temps Annette se plaint à Catherine. « Christophe ne joue pas son rôle de père. Il n’arrête pas de complimenter les filles pour des riens. Il leur laisse tout passer. Il ne se rend même pas compte qu’elles le manipulent. Elles le font danser sur sa tête. Il n’ose rien leur dire. C’est toujours moi qui dois crier, montrer ce qui ne va pas, rappeler ce qui doit être fait. Et tu sais quoi ? Il se met entre elles et moi ! Je ne le supporte plus. Ce n’est pas un homme ! C’est un troisième enfant.  Si je lui fais une remarque, il quitte la pièce. Il dit que je le critique tout le temps, que je ne vois pas ce qu’il fait, que je ne lui dis pas quand c’est bien. Mais je ne vais quand même pas le féliciter alors qu’il ne fait que son devoir! Je me sens seule. J’en ai marre de devoir toujours jouer le mauvais rôle»

Un autre regard… Rien de pathologique, juste des différences à reconnaître

Catherine et André écoutent… Ils se rendent compte petit à petit que c’est exactement le contraire chez eux. C’est Catherine qui laissait tout passer et qui en voulait à André d’être trop strict, trop dur, de ne pas comprendre leurs enfants, un peu plus âgés que les filles. Au moment de l’adolescence, leur fils est devenu violent avec sa mère. En décrochage scolaire, il brossait les cours et faisait les 400 coups. Ils ont dû consulter et ils ont ainsi appris à mieux comprendre leurs différences pour pouvoir se mettre d’accord. Catherine a compris qu’André a vu plus tôt qu’elle les premiers signes que leur fils ne la respectait pas et qu’il ne grandissait pas. Il refusait de devenir responsable de sa vie et autonome.  Elle reconnaît qu’en s’apitoyant trop, elle n’a pas fait son devoir de parent-éducateur.

Au cours du souper, lorsque les enfants se sont retirés dans la salle de jeux, ils ont partagé leurs expériences de couple. Que d’anecdotes! Annette et Christophe se sont détendus. Ils étaient soulagés de se sentir compris, de voir qu’ils n’étaient pas seuls et qu’il y avait des solutions. Ils ont bien ri! Ils se sont retrouvés. Christophe n’était pas un troisième enfant. Il avait besoin de créer des relations harmonieuses et de laisser une place aux émotions et à l’intimité. Annette n’était pas une harceleuse. Elle voyait simplement les conséquences à plus long terme de leurs choix de parents. A eux deux, ils pouvaient faire une bonne équipe, car ils avaient tous les deux une partie de la solution. A la fin de la soirée, ils étaient motivés pour apprendre à mieux se connaître et à écouter les arguments l’un de l’autre. Ils voulaient trouver une manière d’être qui conviennent aux deux. Ils ont lâché leurs certitudes et leurs jugements.

Les liens entre les deux couples se sont resserrés. Il y eut d’autres soirées arrosées et animées, tout aussi riches. Cela leur a permis de tenir leurs engagements.

Annette s’efforce d’être moins rigide. Elle dit plus souvent des choses comme « Je suis désolée » et « C’est juste ce que tu dis, je n’y avais pas pensé ainsi ». Elle prend plus en compte l’avis de Christophe avant de décider. Elle se sent moins seule et se laisse aller à découvrir ses émotions, en jouant avec les enfants. Elle parle plus de ses sentiments et s’efforce de réfléchir aux valeurs qu’elle veut transmettre à ses filles. Elle est plus détendue et chaleureuse.

Christophe apprend à s’affirmer. Il se rend compte qu’il y a des règles à imposer. Il ose plus facilement dire « Non » à ses filles. Il s’efforce de garder une ligne de conduite et il s’entraîne à rester logique, à voir les faits, les problèmes et les solutions ! Il fait des remarques quand les filles ne respectent pas les règles fixées.

Et vous?

De quelle manière prenez-vous vos décisions? Comme Annette et André ou comme Catherine et Christophe? A quel type d’arguments êtes-vous plus sensible ?

  • Ceux qui vous paraissent logiques et objectifs et qui vous permettent de distinguer le vrai du faux, comme Annette? Nous dirons que vous êtes un décideur du type « Thinking » (= raisonnement logique), un penseur: c’est la raison qui commande.
  • ceux qui sont en accord avec vos valeurs personnelles et qui vous permettent de distinguer ce qui est mal de ce qui est bien à vos yeux ? Nous dirons alors que vous êtes un décideur du type « Feeling », (= intime conviction, for intérieur), un sentimental? C’est la raison du cœur qui a chez vous le dernier mot.

Vous pouvez résoudre pas mal de conflits en tentant de mieux vous connaître et de reconnaître ceux de vos proches qui ne prennent pas les décisions de la même manière que vous. Vous pourrez alors apprendre à les aborder autrement en écoutant leurs arguments.

Cet article est le troisième d’une série de quatre. Nous rencontrons aussi des difficultés de communication avec ceux qui n’ont pas la même manière que nous de se ressourcer (introverti et extraverti), avec ceux qui captent l’information sur un autre mode que le nôtre (sensoriel – intuitif), ou avec ceux qui ont un style différent du nôtre (les organisés et les non-conformistes).

Un pas plus loin!

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A propos de l'auteur:

Marie-Berthe Ranwet

Régente en mathématique, licenciée en psycho-pédagogie, psychologue clinicienne, sophrologue, auteur de « Victimes d’amour : Après tout ce que j’ai fait pour toi », paru chez Mardaga et de « Stop à l'ingratitude des enfants, conjoints, amis... et à la nôtre ". Pour acheter ce dernier, il suffit de verser 18€50 sur le compte de l'ASBL Réfl'Actions BE70 6528 2741 4025 - Bic: HBKA BE22 avec en communication l'adresse complète de livraison. Vous pouvez aussi soutenir ce site en versant la somme de votre choix sur ce même compte.

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