Il faut qu’on parle

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Il faut qu’on parle

 « Quand ma femme me dit « Il faut qu’on parle », je fuis ! » raconte Eric. « Je me dis : ça y est, cela va recommencer ! On est reparti pour des discussions sans fin, des cris et des larmes, des reproches et des malentendus !  Je sais le plus souvent ce qu’elle va me dire, et je sais que je ne vais pas être d’accord et que je ne vais pas changer. Notre fils Nathan doit obéir et être puni s’il ne le fait pas».  

« Quand mon père me dit « Il faut qu’on parle », je sais que cela va encore barder. Il va me faire des discours pendant des heures, me poser 36000 questions, il va vouloir comprendre… et il va encore me sortir des trucs avec ma mère qui n’ont rien à voir et me faire son reproche favori: Après tout ce que j’ai fait pour toi«  Julien, 14 ans, en décrochage scolaire et indifférent à toutes les formes de punition.

Il y a des sujets sur lesquels on ne sera jamais d’accord

Dans tous les couples,  même les plus heureux, il y a des sujets sur lesquels on ne sait pas se mettre d’accord ! Et quoi que l’on fasse, on finit aussi par avoir des sujets difficiles à aborder avec ses enfants. Nous sommes tous tellement différents ! Déjà entre hommes et femmes, nous ne fonctionnons pas de la même façon, comme le prouvent les études neurologiques. A cela il faut ajouter les différences d’éducation et de tempérament, les expériences vécues et notamment celles que l’on ne veut plus revivre, l’influence du milieu scolaire ou professionnel… Il y aussi nos rêves, nos engagements personnels, les promesses que nous nous sommes faites étant enfant!

« J’ai souffert de la brutalité de mon père », explique Nathalie, la femme d’Eric. « Depuis que je suis gamine, je me suis juré que jamais un homme ne crierait ou frapperait un de mes enfants ».

« Moi, je ne veux pas devenir comme mon père! Je veux profiter de la vie! Pas question de bosser comme il le fait! Il peut dire ce qu’il veut, je ne serai jamais comme lui » explique Julien.

Il est parfois difficile de faire évoluer certains de nos points de vue. Dans les couples, les sujets les plus problématiques sont l’éducation des enfants, la sexualité, les relations avec la belle-famille, la gestion de l’argent, la planification du temps et sa répartition entre le travail, les loisirs personnels et le couple… Avec les jeunes, ce sont les discussions sur les sorties, les fréquentations, l’emploi du temps, le type d’activités, les horaires qui posent souvent problèmes.

Le dialogue n’est pas toujours possible ni même souhaitable

Il y a des sujets sur lesquels il n’y a pas de dialogue possible. Si un des membres de la famille part avec l’idée, à tort ou à raison, d’imposer son point de vue et ses limites, on n’est plus dans le dialogue.

Avec un enfant, par exemple, il faut pouvoir imposer certaines règles non négociables: la participation aux charges, le respect des horaires du coucher, le temps passé sur internet, les permissions de sortie… Pas besoin de longs discours! Face à la frustration de l’enfant, on peut être tenté de le convaincre du bien-fondé de la décision, mais l’on fait parfois plus mal que bien! Pour justifier ses choix, on recherche dans sa personnalité ou son histoire des raisons psychologiques à ses frustrations, ou on noie l’interdit dans des explications sans fin, qui se contredisent… Alors qu’il suffit parfois souvent d’accepter d’être une mère imparfaite, de mettre ses limites et de refuser son ingratitude.

Même chose avec son conjoint, pour les limites que l’on ne veut pas remettre en question. Un « Je ne suis pas d’accord pour signer ce prêt personnel que tu veux faire » ne demande pas toujours de longues discussions. Lorsque chacun a exposé son point de vue, si c’est une limite personnelle, elle mérite d’être clairement exprimée. Pas besoin d’en rajouter, de se  justifier en accusant l’autre qui va se défendre, se justifier… ni d’inviter l’autre dans une ambiance cool pour le faire changer d’avis. Là, on n’est plus dans le dialogue, mais dans la manipulation!

Les points de non-retour sont les limites qui une fois dépassées conduisent de toute façon à la rupture.

« Je ne pourrais pas aimer une femme qui exige de moi que j’arrête de faire mon métier qui me passionne parce que les horaires ne lui conviennent pas. Elle le savait quand on s’est rencontré. Ma première épouse est partie parce qu’elle ne supportait plus mon travail ». dit Albert, pilote d’avion sur longs courriers.

Quand, où, comment aborderons-nous une question délicate qui peut être négociée ?  

Est-ce le moment de commencer une discussion qui s’annonce difficile avant de partir travailler, avant de s’endormir, au moment du repas… ? Comment trouver le bon moment ? Dans chaque famille, selon les tempéraments et les goûts de chacun, on peut se mettre d’accord sur des règles claires qui conviennent à tous.

Dans les quelques idées qui suivent, vous en trouverez peut-être une qui vous parle et que vous pourrez mettre en pratique dès à présent… Inutile de tout vouloir mettre en place en même temps, vous n’y arriverez pas! Vous risqueriez de vous créer un sujet de discorde en plus. Voici donc en vrac quelques actions concrètes:

  • Réserver une plage horaire, hebdomadaire ou quotidienne, bien limitée dans le temps, pas trop longue. Si la discussion n’est pas terminée, dès que le temps est écoulé (minuterie éventuellement), on reporte le sujet au prochain rendez-vous. En même temps, cela laisse le temps à chacun de réfléchir à ce qu’il a entendu.
  • Se mettre un rendez-vous. « Il faudrait qu’on se voit 20 minutes. Quand est-ce que cela te conviendrait? »
  • Décider du lieu où cela se fera, par exemple dans le bureau plutôt que la chambre ou le living que l’on peut réserver aux moments plus agréables et détendus.
  • Si on a du mal de s’écouter, on peut utiliser un objet, bâton de parole. C’est celui qui l’a en main qui parle et passe l’objet dès qu’il a terminé à celui qui demande la parole. Cet objet peut être commun pour tous. Ou chacun peut avoir le sien et c’est l’objet de celui qui invite à discuter qui servira de bâton à ce moment-là. Les objets peuvent être symboliques: un galet ramené de vacances, un mouchoir, un doudou…  Pour éviter des prises de paroles trop longues, on peut utiliser le sablier. Il y a des sabliers à thé avec lesquels on peut voir s’écouler 3 – 4 ou 5 minutes. Trois minutes, c’est long quand on attend que l’autre s’arrête pour dire ce qu’on est en train de réfléchir… On a l’impression que cela dure très longtemps. Le sablier relativise!
  • Afin de ne pas superposer deux monologues, on peut aussi se donner comme règle que celui qui reprend la parole doit d’abord reformuler ce qu’il vient d’entendre, et vérifier que c’est bien cela que l’autre a voulu dire. Cela permet une écoute plus attentive. On évite ainsi de déjà construire sa réponse pendant que l’autre continue.
  • Et comme notre inconscient se fait des impressions, globales rapides, on a montré que prendre le temps de préparer une boisson chaude et de s’installer sur un siège confortable, douillet… permet d’amener nos automatismes dans la direction de la  détente et de la confiance.

Ces idées vous en donnent peut-être une autre… c’est sans doute alors cette dernière qui vous conviendra le mieux. N’hésitez pas à la partager dans les commentaires.

Construire une ambiance d’amour et de respect propice aux échanges

Ces mises au point sont plus faciles à mettre en place si en dehors d’elles on peut développer un état d’esprit positif et constructif. Pour cela, vous pouvez choisir de tester une petite action parmi celles que je vous propose:

  • Complimentez et encouragez vos proches. Continuez à voir les qualités et les richesses de votre partenaire, de vos enfants et n’hésitez pas à leur dire. On a montré qu’il faut  5 compliments pour qu’un reproche soit plus facilement reçu et accepté. Plutôt que des « Je t’aime » automatiques qui se vident de leur sens, si vous relevez une qualité au moment même où vous la voyez, la personne à qui vous vous adressez se sent aimée pour ce qu’elle est ici et maintenant.

« J’ai vraiment apprécié ta façon d’encourager notre fille pour ses devoirs ». « J’ai apprécié que tu aies rangé ton jeu avant de  passer à table ».

  • Entretenez le feu de votre amour.
    • Chaque soir, remerciez la vie de vous avoir fait vous rencontrer en relevant deux ou trois petites choses qui vous ont touché chez votre conjoint.
    • Remerciez la vie aussi pour vos enfants, ce qu’ils vous apportent.
    • Remerciez aussi votre conjoint et vos enfants pour ce qu’ils font pour vous. En développant votre attention sur le positif et votre sentiment de reconnaissance, vous augmentez votre satisfaction face à la vie.
    • Variez les manières de leur dire votre amour.
    • Rappelez-vous le bonheur que vous avez de vivre à deux.
  • Ne laissez pas vos blessures pourrir vos relations. Canalisez votre colère. N’attendez pas de savoir pardonner pour faire la paix.
  • Des moments de gratitude et de reconnaissance peuvent être partagés en famille, au cours du repas par exemple.
  • Réserver les repas pour exprimer ce qui va bien… et réserver un lieu pour traiter les problèmes peut complètement changer l’ambiance familiale et le sentiment de bonheur de chacun.
  • Vous avez d’autres idées… Partagez-les dans les commentaires!

Vous avez choisi une action? Pas encore? Arrêtez-vous quelques minutes, prenez le temps de choisir l’action qui vous semble la plus facile à mettre en place ici et maintenant. Faites-la et engagez-vous à la refaire! Mettez des rappels dans votre GSM pour y penser. Vous serez étonné de constater à quel point un seul tout petit pas change déjà la vie!

Un dialogue qui fait avancer

C’est important de respecter les limites de chacun. N’utilisez le dialogue que s’il y a matière à discussion, à négociation.

C’est à cette condition que, dans une ambiance qui permet à chacun de se sentir en sécurité, aimé et respecté – lorsque les règles sont bien définies – le « Il faut qu’on parle » peut devenir une invitation à aller ensemble de l’avant.

Une série de 4 articles expliquent les difficultés de communication qui peuvent être dues à vos différences: introverti et extraverti, sensoriel ou intuitif, décideur sur base de la logique ou décideur sur base d’une intime conviction,  organisé ou spontané.

Un autre traite de la confiance: Comment te faire confiance ou gagner ta confiance?

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A propos de l'auteur:

Marie-Berthe Ranwet

Régente en mathématique, licenciée en psycho-pédagogie, psychologue clinicienne, sophrologue, auteur de « Victimes d’amour : Après tout ce que j’ai fait pour toi », paru chez Mardaga et de « Stop à l'ingratitude des enfants, conjoints, amis... et à la nôtre ". Pour acheter ce dernier, il suffit de verser 18€50 sur le compte de l'ASBL Réfl'Actions BE70 6528 2741 4025 - Bic: HBKA BE22 avec en communication l'adresse complète de livraison. Vous pouvez aussi soutenir ce site en versant la somme de votre choix sur ce même compte.

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